lundi 24 décembre 2007

samedi 22 décembre 2007

Golf

J'ai posté, il y a quelque temps, quelques vidéos de golf. C'est un sport/jeu auquel je m'adonne dès lors que j'en ai la possibilité ou que ma barre de stress entre dans la zone rouge. Il compte au niveau national un nombre sans cesse croissant de licenciés. Il enregistre même la plus forte progression malgré les événements "porteurs", comme disent les commerciaux, tels que coupe du monde (rugby), médailles d'or aux jeux olympiques (escrime) ou autres. L'explication est certainement à chercher ailleurs. Voici la mienne :

Ce sport est avant tout un jeu et à ce titre, il propose de re-jouer un comportement qui, dans la vie, est immédiatement sanctionné. Sur un parcours de golf, le risque est quasiment nul puisqu'il n'a comme conséquence que l'augmentation de l'index - donc un plus grand handicap. L'erreur, la contre-performance est marquée à l'extérieure pour éviter l'intérieur.
Le plaisir de jouer provient en partie aussi du relâchement indispensable à la frappe satisfaisante. Cela détend de pratiquer, ce qui n'est pas le cas d'autres sports où l'on doit "se rentrer dedans" comme aiment à le préciser si joliment les athlètes. Si l'on ajoute à cela le choix du club et celui du coup à jouer, on dispose d'éléments stratégiques qui participent de cette joie de jouer.
Je crois également que le calme, le silence dans cette nature souvent sublime, le partage avec quelques amis, partage comparable à celui d'un jeu de société, sont autant d'éléments qui agrémentent le jeu.

Pourtant, l'étalage d'argent, l'arrogance de certains joueurs provoquent chez moi une répulsion face à laquelle je dois me protéger. Leur être-au-monde est tout simplement insupportable. Aucun doute, aucun interstice susceptible de provoquer une prise de conscience d'autrui. D'ailleurs, les règles officielles ont inventé "l'étiquette" pour civiliser des individus qui, sans cela, reproduiraient certainement ce qui fait, dans la vie, leur fortune. Incompatible avec le jeu qui est décalage, créativité, modification et changement.

Le golf est un sport/jeu qui nécessite une évasion de la conscience : ne pas regarder les autres, ne pas réfléchir à l'impact écologique de l'entretien d'un parcours, ne pas calculer autre chose que son score, jouer les coups les uns après les autres. Cela revient probablement à diminuer son taux d'être humain puisque le passé ne sert pas à envisager l'avenir, mais que le présent envahit la conscience. Par voie de conséquence, cela provoque un soulagement, source de plaisir du jeu, car on n'a uniquement besoin de s'adapter à l'environnement. Le reste n'existe plus. Et le reste, c'est ce qui fatigue mais qui nous contraint à demeurer humains.

dimanche 16 décembre 2007

Toute-puissance

Un magnifique extrait de Christian Bobin dans Ressusciter :

"S. est en proie à la maladie de la perfection. Elle pense que tout ce qu'elle fait est incomplet, mauvais, raté. Elle voudrait qu'une seconde vie lui soit donnée comme un beau papier blanc sur lequel elle pourrait recopier la première, en lui enlevant ses taches et ses ratures. Elle ne voit pas que le brouillon c'est la vie même."

Quelle belle définition de la toute-puissance ! La question n'est pas de mesurer les conséquences qui se manifestent alentour, mais plutôt de prendre conscience de la peur qui motive une telle attitude. Car il s'agit bien d'angoisse ; sinon, comment imaginer ne pouvoir s'en remettre à une autre instance que soi ? Tant de merveilles ne se rencontrent qu'en laissant échapper ce qui de toutes façons nous échappera toujours. A commencer par la vie.

dimanche 25 novembre 2007

Qui est concerné(e) ?

J'ai remarqué qu'en formation d'adultes, il est fréquent que certaines personnes montrent ostensiblement leur manque d'intérêt en bavardant - ça encore ce n'est pas très grave - ou en faisant autre chose sous le nez du formateur. C'est une manière de lui signifier qu'il ne s'occupe pas de vous et de lui indiquer votre mécontentement.
J'y vois, pour ma part, une forme de narcissisme bien contemporain qui consiste à n'accorder du crédit qu'à ce qui nous concerne directement.
En matière de formation pourtant, tout est probablement à "prendre"
- si toutefois ce mot est bien choisi, ce dont je doute tant je crois que "ne pas prendre" demeure le meilleur moyen d'apprendre. Je trouve désolant, pour ne pas dire révoltant, qu'on se place dans ce type de posture. Cela voudrait-il dire que tout ce qui n'est pas immédiatement rentable n'a plus lieu d'être ? Cela voudrait-il dire que la formation doit désormais se borner à fournir des clés directement utilisables au même titre que n'importe quel bien de consommation ? Cela voudrait-il dire que l'on renonce alors à en passer par des détours fructueux à long terme ?
Si tel est le cas, je crois qu'effectivement nous sommes en retour cernés par les c., ceux-là même qui ne sont pas concernés.

samedi 3 novembre 2007

Deadwood

Un ami, Stéphane V. - qu'il en soit remercié chaleureusement - m'a suggéré de m'intéresser à Deadwood, une série américaine (HBO). J'avoue que ça a eu l'effet d'un choc comme rarement j'en ai ressenti devant une série TV.

Il s'agit d'un coin perdu aux States, sans lois, qui en est à l'aube de l'humanité d'un point de vue du développement de la civilisation. Qu'on ne s'y trompe pas ! C'est un western avec des cow-boys plus ou moins célèbres (il y a même Calamity Jane) qui pataugent dans une boue infecte. Les ingrédients de la série sont des dialogues exceptionnels, de l'érotisme, de la violence, tout ceci à partir de personnages caricaturaux, sortes de diamants bruts dans leur genre. L'affrontement est inévitable entre les enjeux de surface qui dissimulent la part d'ombre que chacun enfouit comme il peut et qui finit par faire retour à d'autres moments.
C'est un bijou aussi du point de vue esthétique. On connaît le soin que HBO apporte à ses productions (cf. Six feet under) et fait remarquable, les doublages en français sont réalisées par des experts. Enfin, impossible de passer sous silence la remarquable prestation de Ian Mc Shane qui assume le rôle du parrain local qui finit par révéler des failles d'humanité.

Comme le dit fort justement mon ami Stéphane V. : "C'est une relecture radicale du genre naturaliste" qu'il qualifie de "western naturaliste".

jeudi 1 novembre 2007

Fays ce que vouldras

François Rabelais a affiché dans l'abbaye de Thélème : Fays ce que vouldras. Notre société fonctionne en partie sur ce consensus auquel elle ajoute : mais fais-le bien !

C'est probablement là que se situe le problème. Car nous vivons une époque qui nous autorise à vivre pratiquement tout ce que l'on veut sans que l'on sache vraiment ce que nous voulons ; ou pire, nous voulons des choses contradictoires. Il en résulte une profonde solitude de chacun face à l'ambivalence. Confrontés à nos contradictions, à nos insatisfactions, à nos paradoxes, autrement dit à tout ce qui est vivant, nous ne pouvons nous en prendre qu'à nous-mêmes. Même pas un parent, une autorité extérieure, un interdit à se mettre sous la dent ! Et qui plus est, on nous sollicite de plus en plus jeune pour satisfaire l'exigence de faire bien. Impossible de se réfugier dans une phrase du type : "Si je ne fais pas bien, c'est qu'on m'en empêche". A la place, on obtient : "Tu peux mieux faire ; sois le premier". Or, l'idéal est sans limites. Il peut prendre une dimension dévorante. Don Quichotte le sait bien !

Le conflit provoqué par la confrontation à l'interdit s'est déplacé sur le terrain du culte de la performance. Le combat est acharné à tous les niveaux de la compétition, avec ce que cela représente de potentialités créatives, mais aussi de potentialités de violence et de destruction. Plus gravement, la société engendre des états de déprime chez les individus qui n'ont plus rien à quoi se raccrocher dès lors que leurs performances diminuent.

Alcofribas Nasier avait raison : Fays ce que vouldras. Sans rien de plus.

dimanche 21 octobre 2007

Pinget encore

Voici un extrait de l'ouvrage "Taches d'encre" de Robert Pinget en attendant un autre commentaire :

Suivre son rêve et mépriser tout effet de réel. Au risque du ridicule.
Le sublime ne peut procéder que d'un parti aventureux.
Voir Don Quichotte.


Superbe.

lundi 24 septembre 2007

Arrêt Sur Images

Cette superbe émission revient bientôt sous une forme différente : sur le Web !
C'est le moment de faire un geste en faveur de la pluralité des médias et de manière plus générale de la démocratie.

vendredi 21 septembre 2007

Quixote

Aujourd'hui, ajout d'une image réalisée avec la souris. C'est pour fêter la journée mondiale en faveur de la paix et l'arrivée de l'automne.
Il fallait quand même une représentation du Quichotte sur ce blog !

jeudi 20 septembre 2007

Patrick Mottard

Patrick Mottard est Conseiller Général des Alpes-Maritimes, Conseiller Municipal à Nice pour le compte du parti socialiste. Son combat politique n'est pas des plus aisés, puisqu'il affronte un maire transfuge du Front National.

En dehors de la politique, Patrick Mottard est un écrivain, un vrai. Son humanisme est sincère et traverse ensemble l'écriture et le politique d'un seul trait de plume. Il vient de composer un ouvrage intitulé Fragments de Nice qui est remarquable. L'idée d'utiliser le fragment, figure rhétorique contemporaine qui parsème le théâtre d'aujourd'hui, convient particulièrement bien à une cité comme Nice, véritable patchwork urbain. Et l'on se prend à se promener, à errer dans les rues de Nice, au fil de rencontres parfois prestigieuses, et chaque fois l'on se dit que l'auteur construit sa propre histoire. C'est un montage narratif qui correspond exactement au montage d'un parcours personnel. Bien entendu, je ne peux le garantir, mais je sens bien que Patrick Mottard est quelqu'un de l'intérieur, d'une profonde honnêteté intellectuelle, qui habille, en quelque sorte sa vie avec une réflexion "au plus près". Comem pour savourer chaque instant partagé avec la communauté humaine.
Nice aussi, il a appris à l'aimer puisqu'il est originaire d'une autre terre. Là encore, c'est un montage. C'est que notre sujet est un "homme de tête" !

J'ai aimé son livre. J'ai aimé son écriture. J'aime son combat. Il est candidat aux prochaines municipales.
Vous trouverez un lien et la couverture de son livre ci-contre.

lundi 17 septembre 2007

Actualité

En commençant ce blog, j'avais l'intention de proposer des "réflexions" sur l'actualité. Or, je m'aperçois que je n'en ai pas fait, malgré une grande diversité d'occasions. Je vais donc m'y mettre sérieusement, même si cela consiste en un relevé sommaire de quelques phrases. Comme cela, j'écrirai plus souvent.

Depuis deux jours, on entend répéter cette phrase : "Le monde doit s'attendre au pire". Lorsqu'elle est prononcée par un Ministre des Affaires étrangères, elle n'est pas à prendre à la légère. Ce qui est cocasse, c'est que le but d'une telle annonce est d'éviter la guerre. Autrement dit, affirmer qu'on doit s'attendre à une guerre est le meilleur moyen... de montrer sa détermination... à la faire pour ne pas avoir à la faire. Magnifique !
Quant à "s'attendre au pire", c'est à l'évidence un scoop...

mercredi 12 septembre 2007

Larcenet : une pépite

Manu Larcenet est un auteur de bande dessinée. Il a un talent incontestable, ce que lui envie probablement la critique qui oscille entre l'éloge et le blâme. Comme il a tendance, à lui aussi, osciller entre l'enthousiasme et l'abattement (lisez son blog dont l'adresse se trouve dans les liens ci-contre), il ne recueille souvent que ce qu'il sème. Ce qu'il y a de pitoyable avec la critique, c'est qu'elle s'avère incapable d'innover ! Elle reproduit les signes que l'auteur lui envoie. Elle réagence, interprète et cède à la toute-puissance de celle qui juge en expert.
Moi, j'aime les livres de Manu Larcenet, en bloc. Bien entendu, il y en a de meilleurs que d'autres. Mais je prends quand même l'ensemble. C'est un peu comme Victor Hugo (toute proportion gardée !). Il y a des pépites dans cet immense auteur du XIXème et personne n'a l'idée de mettre en avant ses médiocres écrits, et pourtant il y en a à foison. Et je passe sur son caractère et sa vie privée.
Larcenet compose des ouvrages. C'est un bosseur, un fou de dessin. Ses oeuvres sont souvent drôles, parfois cyniques, toujours touchantes. Je vous recommande, mais ce sont seulement mes choix avec ce qu'ils valent, Le combat ordinaire, Le retour à la terre et La légende de Robin des bois.
Bonne lecture !

vendredi 7 septembre 2007

Musique

J'ai ajouté quelques titres de musique, aussi serait-il opportun de faire un point sur l'ensemble. Il y a désormais douze morceaux dont voici le détail dans leur ordre d'apparition (alphabétique) :
  • Hans Zimmer a composé la musique du film Gladiator. J'ai choisi Duduk Of The North pour ce formidable instrument arménien (le doudouk).
  • Innes Sibun est un guitariste de blues dont l'album Superstitious est excellent. Le morceau s'appelle Come Back Crazy.
  • Joe Bonamassa demeure un virtuose du blues. Travelin' South est un rock endiablé extrait de Had To Cry Today.
  • Matt O'Ree vient de sortir un album intitulé Shelf Life. Over en est le premier morceau.
  • Paul Rose Band nous vient du Canada et réalise une reprise du All Along The Watchtower de Jimi Hendrix. C'est tiré de l'album Half Alive.
  • Philip Glass a composé le titre suivant pour le film The Hours narrant le destin tragique de Virginia Woolf remarquablement joué par Nicole Kidman : The Poet Acts.
  • Pilgrimage est un groupe formé par Aynsley Lister, Ian Parker et Erja Lyytinen. L'album s'appelle Mississipi To Memphis et le morceau : 1010°.
  • Sean Webster a sorti un album intitulé If Only qui inaugure un style particulier, très bluesy. Hero est le nom du titre proposé.
  • The Buddaheads (quel nom !) avec Train Train extrait de Howlin' At The Moon est plutôt d'influence rock sudiste.
  • Tom Waits n'est plus à présenter. Il est exceptionnel ! J'ai choisi Walk Away, un morceau de son dernier album Brawlers, Bawlers & Bastards qui vient de remporter un prix aux Etats-Unis.
  • Vivian Campbell reprend ici un titre du fabuleux et regretté Rory Gallagher : Calling Card. C'est extrait de Two Sides Of It.
  • Warren Haynes enfin, membre des Allman Brothers Band, réalise un album solo intitulé Tales Of Ordinary Madness. Fire In The Kitchen est le nom sélectionné.
Bonne écoute !

jeudi 6 septembre 2007

Bande dessinée

J'ai lu une superbe bande dessinée : "Là où vont nos pères" de Shaun Tan chez Dargaud (Collection Long Courrier).
C'est un ouvrage sans texte. Superbe ! Le lecteur est contraint à une plus grande activité et à une plus grande coopération. Le sens ne surgit pas tout seul. Mais la récompense en est d'autant plus grande.
L'histoire est celle d'un père qui part pour l'étranger, délaissant sa famille. Tous les voyageurs, les migrants se retrouveront dans cette narration. L'émotion y est omniprésence, jusqu'à la chair de poule.

mercredi 29 août 2007

Jeux de société

J'adore les jeux de société. Je les aime autant que la société des jeux. Chaque nouvelle règle dans laquelle je me plonge me paraît contenir un monde à découvrir. Je m'immerge avec délice dans le Moyen âge, dans la Rome antique, dans une galaxie improbable. Chaque espace ludique s'expanse sur une table et développe de nouvelles possibilités.
Un peu comme au théâtre. On peut y jouer toute une panoplie de personnalités. Du saint à l'assassin. Au fond, on n'est jamais bien loin de notre personnalité, même si l'on se fait violence et que l'on se comporte comme l'assassin - ou le saint ? Persona en latin signifie "masque". Tout un programme.

Mais si l'on peut presque incarner le personnage que l'on souhaite et que nous ne sommes limités que par notre propre personnalité, nous ne pouvons tout de même pas tout faire. La société des joueurs qui partage ce moment avec nous saura nous le signifier.
C'est un peu comme l'humour. On peut rire de tout mais pas avec n'importe qui. Je crois que c'est Desproges qui disait ça. Le jeu, c'est pareil. Dans l'absolu, on peut tout jouer, mais pas avec tous.

mardi 28 août 2007

La rentrée

C'est la rentrée. On se demande d'ailleurs dans quoi on "rentre". Pour les adultes, c'est parfois difficile de passer du vide des temps vacants au boulot des plein-temps. Un peu lourd ce battement. Côté enfants, c'est plus drôle. Ils semblent aimer ça, l'école. Et l'école ? Aime-t-elle recevoir ces désirs de vie qui demandent à s'exprimer et surtout à acquérir les moyens de s'exprimer ?

samedi 25 août 2007

Pour en finir avec le pouvoir

La peur de perdre son identité, ou de n'en avoir pas une assez forte déclenche de grosses soifs de pouvoir, comme si le pouvoir identifiait. L'identité est un désir de différence infinie qui ne revienne pas au même, une pulsion de lien qui intègre pertes et manques comme des ressorts de son mouvement. Le contraire de l'intégrisme en politique.

La démocratie suppose une confiance dans le lien social qui fait que nul n'a à le refonder de son sang, mais que tout le monde l'aime assez pour être sûr qu'il tiendra le coup grâce à cet amour : si d'autres remuent dans des sens contradictoires, le lien tient, retient. Le despote, lui, vient s'y incarner, s'identifier avec, et il clame que le lien est menacé quand c'est lui qui l'est.

Chacun de nous n'ayant pas d'autre choix que d'être au monde, chacun étant aussi un monde, le propre du "monde" est de nous permettre de circuler entre des fragments de nous-mêmes... et de vivre avec ça. Le pouvoir ne peut s'appréhender, me semble-t-il, qu'à l'intérieur de cette configuration.

jeudi 23 août 2007

Faire entrer le rêve dans ces restes

Aujourd'hui, je vous propose un texte de Robert Pinget tiré de Tâches d'encre (1997). Ce livre constitue "le dernier carnet de Monsieur Songe" et s'ouvre - c'est un ouvrage - sur une pépite :

Suite ou fin. Nouveau cauchemar. Pas d'autre moyen de se tenir compagnie.
Savoir qui prend ces notes.
Saut dans l'ailleurs, le respirable.
Une porte ouverte. On n'ose y croire.
Bribes. Surcroît. Débris. Faire entrer le rêve dans ces restes.
Ou l'impossible.

Et si vivre correspondait à la tache de faire entrer le rêve dans ces restes ?

mardi 21 août 2007

Renouveler le possible

L'idée de pouvoir que j'évoquais hier ne me paraît pas être distincte de l'idée du "possible". Le Président de la République actuel vient d'être élu sur ce concept. Le pouvoir doit renouveler le possible.
Il n'y a pas un pouvoir susceptible de rendre les gens heureux ; il y a des gens plus ou moins heureux de leur désir de vie qui cherchent à le soutenir, à le prolonger vers le possible. On veut faire ceci ou cela : c'est un désir lancé au possible, à ce qui se peut de toute sa force car c'est possible. J'aimerais dire "pouvable" pour signaler ce lien au verbe pouvoir, contre l'impuissance régressive.

lundi 20 août 2007

Autorité et pouvoir

Le pouvoir n'est pas l'autorité qui le fonde. L'autorité ne peut venir que de ceux qui y sont soumis. A quoi bon organiser des élections sinon ?
Le pouvoir est la possibilité d'exercer son autorité et me semble plus avoir à être "contenue" que réellement mise en oeuvre. Cela réclame beaucoup de finesse. Il s'agit de marcher sur une ligne entre "vaincre" et "vivre". Chaque fois qu'on agit, on risque de vaincre, de tuer quelque chose de vivant ; chaque fois qu'on laisse les forces de vie se développer, on risque de trop laisser échapper. Par conséquent, un pouvoir exclut qu'on l'exerce trop.

dimanche 19 août 2007

Pour un ami

C'est lorsqu'on a inscrit la mort en soi qu'on peut commencer à vivre.

samedi 18 août 2007

Penser

Penser, c'est être le passeur de soi-même entre deux de ses altérités dont aucune n'est ultime.
Cela se passe à coups de questions et de remises en question. Le questionnement ne demande qu'à surgir, trouver la sortie, lorsque le dedans implose et que l'espace est impossible. Cela exige de prendre et d'apprendre une certaine liberté par rapport à l'origine et à ce qui se propose pour fin.
L'origine, c'est le Nom que je porte et la mère qui m'a porté. La fin est un autre nom du fatum, le Destin. L'axe entre ces deux bornes définit un parcours de vie fortement déterminé.
Penser consiste à s'arrêter un instant et à observer cette ligne de fuite dans le but de se demander si une autre voie est possible.

vendredi 17 août 2007

Un peu de clarté

Dans un souci de plus grande clarté, j'ai modifié le widget musical. Vous y trouverez le nom de l'artiste, le nom de l'album et le titre du morceau.
J'en ai également profité pour ajouter deux chansons. J'aime bien le chiffre 5 : les 5 doigts de la main, les 5 continents, les 5 branches de l'étoile...
Bonne écoute à tous.

jeudi 9 août 2007

Le sport et le jeu

Les sujets de deux billets rédigés durant le mois de juillet peuvent être reliés : il s'agit du sport et du jeu.
Initialement, le sport était un jeu, mais la technique en a très vite fait un travail. Comme toute activité, le sport dispose d'un outil, le corps. Le jouet du sport, c'est le corps. On tente d'obtenir un "score", de tutoyer ses limites. Lesquelles ? Celles du temps (aller plus vite que lui), celles de l'espace (en couvrir le plus possible), celles de vaincre ou de perdre sans trop se défaire.
Mais le jeu devient vite un exercice - la face non libre du jeu, son "côté obscur" - car en voulant toujours reculer ses limites, on tente d'acquérir plus de technique, une meilleure maîtrise du geste. Le geste dont je parle n'est pas comme dans la danse fait pour lui-même ou pour son esthétique, mais pour son efficacité. On souhaite faire plus vite, plus fort, plus loin. La danse n'est d'ailleurs pas une compétition avec des limites données à l'avance ; ce n'est pas un sport.
Et le mot est lancé : "compétition". Dans "compétition", il y a bien sûr l'idée de rencontre : avec des adversaires ou avec soi, mais pas seulement. On rencontre aussi la limite où le hasard est souverain.
Quel paradoxe ! A l'extrême maîtrise technique, ce n'est plus elle qui décide mais l'accident. La limite est si mince, à ce niveau de compétition, qu'elle ne peut décider sans le recours au Destin. Personne n'a la technique de la décision ! C'est ce qui fascine le public : l'instant fatidique (à la lettre : "ce qui annonce le destin") où la technique se mesure avec le Destin sur lequel elle ne peut rien !

mercredi 1 août 2007

Ajout de musique

Je vous propose trois morceaux de musique que je modifierai régulièrement.
Aujourd'hui, il y a une excellente version de "All Along The Watchtower" par Paul Rose, ainsi que "Come Back Crazy" d'Innes Sibun, extrait de son album "Superstitious". Enfin, "Hero" de l'album "If Only" de Sean Webster.
Tout est à écouter sans modération...

mardi 31 juillet 2007

Jeu : risqué ou pas ?

Je considère le jeu comme une activité gratuite, libre et sans risques.
Le critère le plus important demeure la conscience d'être dans le jeu : pour jouer, il faut savoir qu'on joue ! Les enfants oublient parfois qu'ils jouent - cela nous arrive aussi mais nous n'aimons pas le dire - et ils se comportent alors comme si leur vie en dépendait. Le risque devient plus grand. Car en croyant que l'on se trouve dans un espace protégé, on baisse la garde et on révèle notre personnalité. Il y a "du jeu" à l'intérieur de nous-même, au sens de deux pièces mécaniques qui laissent un vide entre elles, ce qui a pour conséquence la formidable possibilité de bouger quelque chose en nous. C'est peut-être là que surgit notre créativité, parfois avec violence d'ailleurs.
Le jeu, c'est certainement plus risqué qu'on ne le pense et c'est ce qui en fait son intérêt principal.

vendredi 27 juillet 2007

Panem et circences

Le Tour de France monopolise les Unes des principaux canaux de l'information (télévision, presse). Vous rendez-vous compte ? Le maillot jaune, phare rayonnant du mois de juillet, abandonne la "grande boucle" ?
Nous savons tous que ce qui se joue n'est pas une compétition sportive, mais une concurrence commerciale. Sinon, nous aurions depuis longtemps fait le ménage dans le sport international. Le dopage n'est qu'un moyen d'être le plus performant, les enjeux étant colossaux. Qu'il s'agisse de cyclisme, de football ou de rugby.
Au moins, le monde du vélo a-t-il le courage de pratiquer une chasse perdue d'avance. Les distilleries auront toujours un temps d'avance sur les "Monsieur Propre" du monde. Il en va de l'équilibre de toute la société.
Les Romains l'avaient compris bien avant nous : "panem et circences".

mardi 24 juillet 2007

Le temps

J'ai le sentiment que nous vivons une période dans laquelle le manque, l'absence, le vide sont devenus des ennemis à combattre. Tout se passe comme s'il fallait remplir, envahir, collectionner. Le temps à tendance à s'abolir ; il faut tout et immédiatement.
Je ne suis pas certain que cela favorise l'émergence du désir qui se caractérise par l'incomplétude. Ce même désir qui est à la base de la structuration de l'individu, de sa subjectivation (qui en fait un sujet).
Je crois que le monde aujourd'hui est devenu un formidable marché qui a apporté des merveilles - confort, démocratie, etc. - mais que simultanément, il court vers une destruction des êtres humains. Son "désir" à lui, c'est de n'être plus que lui-même, sans personne, sans obstacles - les états en sont.
On oublie que la seule dimension que rien ne détruira, c'est le temps. Il faudra vraisemblablement composer avec.

lundi 23 juillet 2007

Antonin Artaud

Parfois, un mot, une expression ou même une phrase nous accompagne un temps, à la lisière de notre existence. Il en est une qui revient régulièrement à ma conscience. Elle est du poète Antonin Artaud :
"La vie est de brûler des questions".

Artaud. Noir. Très noir. Lumineux à force de l'être. Noirceur lumineuse. Christian Bobin l'a surnommé "L'homme du désastre" dans un ouvrage qui porte ce titre. Encore une pépite. Ces marginaux nous montrent probablement une voie. Mais il est presque impossible de la faire nôtre. A minima pouvons-nous recueillir ces quelques étincelles qui accompagnent notre parcours...

dimanche 22 juillet 2007

Fragments de "Microfictions"

Lu au détour d'une page de "Microfictions", l'excellent roman de Régis Jauffret paru chez Gallimard cette année :
"La loi protège les désespérés..."
"Je suis Arthur Monin, car je suis né Arthur Monin, et qu'en définitive j'ai fini par le devenir."
"Au fil des phrases l'écrivain se dévide comme une pelote."

Parfois, quelques fragments de texte s'élèvent au rang d'aphorisme. On se dit alors qu'on aimerait s'en rappeler, mais cela n'arrive presque jamais. Voilà pourquoi je les relève ici. Pour y revenir de temps en temps.

samedi 21 juillet 2007

Pourquoi "Triste-Figure" ?

Le Chevalier à la Triste-Figure est l'un des nombreux surnoms donnés par Miguel de Cervantès à son célébre personnage : don Quichotte de la Manche. Ce choix n'est pas anodin : il incarne à mes yeux le courage, l'enthousiasme et le désir de tenter quelque chose. Le roman de Cervantès, haut en couleurs, propose une foule de personnages à qui il advient une série d'événements plus invraisemblables les uns que les autres, le tout baigné dans une atmosphère joyeuse.
Le monde contemporain ne favorise pas la ferveur, l'optimisme ou la confiance en l'avenir. Pourtant, cela reste une question fondamentale - peut-être même de survie ? Mon regard se veut donc pessimiste par lucidité, mais certainement pas résigné.
Je proposerai des "réflexions" personnelles sur l'actualité, cette grande fresque colorée jusqu'au vertige, mais également sur tout ce qui a fait ou fera probablement le théâtre du monde. Pour ce faire, je suivrai le chemin tracé par le Chevalier à la Triste-Figure !