François Rabelais a affiché dans l'abbaye de Thélème : Fays ce que vouldras. Notre société fonctionne en partie sur ce consensus auquel elle ajoute : mais fais-le bien !
C'est probablement là que se situe le problème. Car nous vivons une époque qui nous autorise à vivre pratiquement tout ce que l'on veut sans que l'on sache vraiment ce que nous voulons ; ou pire, nous voulons des choses contradictoires. Il en résulte une profonde solitude de chacun face à l'ambivalence. Confrontés à nos contradictions, à nos insatisfactions, à nos paradoxes, autrement dit à tout ce qui est vivant, nous ne pouvons nous en prendre qu'à nous-mêmes. Même pas un parent, une autorité extérieure, un interdit à se mettre sous la dent ! Et qui plus est, on nous sollicite de plus en plus jeune pour satisfaire l'exigence de faire bien. Impossible de se réfugier dans une phrase du type : "Si je ne fais pas bien, c'est qu'on m'en empêche". A la place, on obtient : "Tu peux mieux faire ; sois le premier". Or, l'idéal est sans limites. Il peut prendre une dimension dévorante. Don Quichotte le sait bien !
Le conflit provoqué par la confrontation à l'interdit s'est déplacé sur le terrain du culte de la performance. Le combat est acharné à tous les niveaux de la compétition, avec ce que cela représente de potentialités créatives, mais aussi de potentialités de violence et de destruction. Plus gravement, la société engendre des états de déprime chez les individus qui n'ont plus rien à quoi se raccrocher dès lors que leurs performances diminuent.
Alcofribas Nasier avait raison : Fays ce que vouldras. Sans rien de plus.
jeudi 1 novembre 2007
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