J'ai remarqué qu'en formation d'adultes, il est fréquent que certaines personnes montrent ostensiblement leur manque d'intérêt en bavardant - ça encore ce n'est pas très grave - ou en faisant autre chose sous le nez du formateur. C'est une manière de lui signifier qu'il ne s'occupe pas de vous et de lui indiquer votre mécontentement.
J'y vois, pour ma part, une forme de narcissisme bien contemporain qui consiste à n'accorder du crédit qu'à ce qui nous concerne directement.
En matière de formation pourtant, tout est probablement à "prendre"
- si toutefois ce mot est bien choisi, ce dont je doute tant je crois que "ne pas prendre" demeure le meilleur moyen d'apprendre. Je trouve désolant, pour ne pas dire révoltant, qu'on se place dans ce type de posture. Cela voudrait-il dire que tout ce qui n'est pas immédiatement rentable n'a plus lieu d'être ? Cela voudrait-il dire que la formation doit désormais se borner à fournir des clés directement utilisables au même titre que n'importe quel bien de consommation ? Cela voudrait-il dire que l'on renonce alors à en passer par des détours fructueux à long terme ?
Si tel est le cas, je crois qu'effectivement nous sommes en retour cernés par les c., ceux-là même qui ne sont pas concernés.
dimanche 25 novembre 2007
samedi 3 novembre 2007
Deadwood
Un ami, Stéphane V. - qu'il en soit remercié chaleureusement - m'a suggéré de m'intéresser à Deadwood, une série américaine (HBO). J'avoue que ça a eu l'effet d'un choc comme rarement j'en ai ressenti devant une série TV.
Il s'agit d'un coin perdu aux States, sans lois, qui en est à l'aube de l'humanité d'un point de vue du développement de la civilisation. Qu'on ne s'y trompe pas ! C'est un western avec des cow-boys plus ou moins célèbres (il y a même Calamity Jane) qui pataugent dans une boue infecte. Les ingrédients de la série sont des dialogues exceptionnels, de l'érotisme, de la violence, tout ceci à partir de personnages caricaturaux, sortes de diamants bruts dans leur genre. L'affrontement est inévitable entre les enjeux de surface qui dissimulent la part d'ombre que chacun enfouit comme il peut et qui finit par faire retour à d'autres moments.
C'est un bijou aussi du point de vue esthétique. On connaît le soin que HBO apporte à ses productions (cf. Six feet under) et fait remarquable, les doublages en français sont réalisées par des experts. Enfin, impossible de passer sous silence la remarquable prestation de Ian Mc Shane qui assume le rôle du parrain local qui finit par révéler des failles d'humanité.
Comme le dit fort justement mon ami Stéphane V. : "C'est une relecture radicale du genre naturaliste" qu'il qualifie de "western naturaliste".
Il s'agit d'un coin perdu aux States, sans lois, qui en est à l'aube de l'humanité d'un point de vue du développement de la civilisation. Qu'on ne s'y trompe pas ! C'est un western avec des cow-boys plus ou moins célèbres (il y a même Calamity Jane) qui pataugent dans une boue infecte. Les ingrédients de la série sont des dialogues exceptionnels, de l'érotisme, de la violence, tout ceci à partir de personnages caricaturaux, sortes de diamants bruts dans leur genre. L'affrontement est inévitable entre les enjeux de surface qui dissimulent la part d'ombre que chacun enfouit comme il peut et qui finit par faire retour à d'autres moments.
C'est un bijou aussi du point de vue esthétique. On connaît le soin que HBO apporte à ses productions (cf. Six feet under) et fait remarquable, les doublages en français sont réalisées par des experts. Enfin, impossible de passer sous silence la remarquable prestation de Ian Mc Shane qui assume le rôle du parrain local qui finit par révéler des failles d'humanité.
Comme le dit fort justement mon ami Stéphane V. : "C'est une relecture radicale du genre naturaliste" qu'il qualifie de "western naturaliste".
jeudi 1 novembre 2007
Fays ce que vouldras
François Rabelais a affiché dans l'abbaye de Thélème : Fays ce que vouldras. Notre société fonctionne en partie sur ce consensus auquel elle ajoute : mais fais-le bien !
C'est probablement là que se situe le problème. Car nous vivons une époque qui nous autorise à vivre pratiquement tout ce que l'on veut sans que l'on sache vraiment ce que nous voulons ; ou pire, nous voulons des choses contradictoires. Il en résulte une profonde solitude de chacun face à l'ambivalence. Confrontés à nos contradictions, à nos insatisfactions, à nos paradoxes, autrement dit à tout ce qui est vivant, nous ne pouvons nous en prendre qu'à nous-mêmes. Même pas un parent, une autorité extérieure, un interdit à se mettre sous la dent ! Et qui plus est, on nous sollicite de plus en plus jeune pour satisfaire l'exigence de faire bien. Impossible de se réfugier dans une phrase du type : "Si je ne fais pas bien, c'est qu'on m'en empêche". A la place, on obtient : "Tu peux mieux faire ; sois le premier". Or, l'idéal est sans limites. Il peut prendre une dimension dévorante. Don Quichotte le sait bien !
Le conflit provoqué par la confrontation à l'interdit s'est déplacé sur le terrain du culte de la performance. Le combat est acharné à tous les niveaux de la compétition, avec ce que cela représente de potentialités créatives, mais aussi de potentialités de violence et de destruction. Plus gravement, la société engendre des états de déprime chez les individus qui n'ont plus rien à quoi se raccrocher dès lors que leurs performances diminuent.
Alcofribas Nasier avait raison : Fays ce que vouldras. Sans rien de plus.
C'est probablement là que se situe le problème. Car nous vivons une époque qui nous autorise à vivre pratiquement tout ce que l'on veut sans que l'on sache vraiment ce que nous voulons ; ou pire, nous voulons des choses contradictoires. Il en résulte une profonde solitude de chacun face à l'ambivalence. Confrontés à nos contradictions, à nos insatisfactions, à nos paradoxes, autrement dit à tout ce qui est vivant, nous ne pouvons nous en prendre qu'à nous-mêmes. Même pas un parent, une autorité extérieure, un interdit à se mettre sous la dent ! Et qui plus est, on nous sollicite de plus en plus jeune pour satisfaire l'exigence de faire bien. Impossible de se réfugier dans une phrase du type : "Si je ne fais pas bien, c'est qu'on m'en empêche". A la place, on obtient : "Tu peux mieux faire ; sois le premier". Or, l'idéal est sans limites. Il peut prendre une dimension dévorante. Don Quichotte le sait bien !
Le conflit provoqué par la confrontation à l'interdit s'est déplacé sur le terrain du culte de la performance. Le combat est acharné à tous les niveaux de la compétition, avec ce que cela représente de potentialités créatives, mais aussi de potentialités de violence et de destruction. Plus gravement, la société engendre des états de déprime chez les individus qui n'ont plus rien à quoi se raccrocher dès lors que leurs performances diminuent.
Alcofribas Nasier avait raison : Fays ce que vouldras. Sans rien de plus.
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